Deux plaintes et une grève d’enseignants du Lycée ND-de-Sion à Evry

Ce mardi, une quarantaine s'enseignants et de personnels éducatifs ont participé à une grève, réclamant la démission du directeur de l'établissement, accusé d'agressions sexuelles et harcèlement moral
ND DE SION GREVE 2

L’établissement compte 1 500 élèves, à Notre-Dame-de-Sion, établissement catholique d’Evry-Courcouronnes, des enseignantes ont déposé des plaintes contre le proviseur, l’accusant d’agressions sexuelles et harcèlement moral.

L’une des enseignantes, professeure d’anglais, confie avoir “la boule au ventre” dès qu’elle arrive près de l’établissement, selon ses souvenirs très précis, les premiers faits remontent au 9 novembre 2020.

L’enseignante, dont nous ne citeront pas le nom, travaille dans la salle des professeurs, appelée le “Cybercafé” par les différents enseignants.

“Il m’a caressé le bras, alors je me suis un peu écartée. Il est allé vers une autre collègue et lui a caressé la joue. J’avais la nausée”

La professeure d’anglais, citée ci-dessus.

L’homme cité par l’enseignante se trouve être le directeur de l’établissement, qui comprend un collège et un lycée privé.

Philippe G., le directeur, a pris la tête de Notre-Dame-de-Sion après avoir longtemps dirigé Sainte-Thérèse, à Montgeron. Il est actuellement visé par deux plaintes. L’une pour harcèlement moral déposée par la professeure d’anglais, l’autre pour agression sexuelle déposée par une autre professeure, de Français, qui a été élève de l’établissement auparavant. C’est en juin, dès son entretien avec le directeur, qu’elle expérimente la nature « tactile » de ce dernier.

« On m’avait prévenue, relate-t-elle. J’étais en débardeur, il s’est mis derrière moi et m’a passé la main dans le dos. Je me souviens encore du frottement de sa peau contre la mienne. »

La professeure de Français

Elle décrit des gestes qui vont ensuite aller crescendo, la professeure de Français raconte que son chef lui a, un autre jour, mis la main dans le bas du dos dans un couloir de la direction. Puis une petite tape sur les cuisses dans la salle des enseignants, après lui avoir dit qu’elle faisait du bon travail. Enfin, au sujet d’un problème que l’enseignante rencontrait avec un parent d’élève, Philippe G. l’aurait assurée de son soutien en plaçant sa main sur la cuisse de la jeune femme âgée d’une vingtaine d’années.

« Je suis fine et il enveloppait toute la cuisse, ses doigts étaient vers mon entrejambe »

La professeure de Français

« Quand je suis rentrée chez moi, j’en ai parlé à mon père pour savoir si c’était normal. Il m’a dit que c’était illégal. » La désillusion est grande. Pour la jeune femme, intégrer l’équipe éducative de son ancien établissement scolaire était un rêve devenu réalité mais qui s’est finalement transformé en cauchemar.

Le 20 novembre dernier, les deux enseignantes parlaient de leurs mauvaises expériences respectives, quand un professeur de lettres qui exerce depuis trente-quatre ans dans le même établissement surprend la conversation. Il leur confirme le caractère déplacé de ces gestes. Au total, cinq jeunes femmes, maîtres auxiliaires (leurs contrats sont reconduits d’année scolaire en année scolaire à la discrétion du chef d’établissement) font état d’agissements qui peuvent poser problème. Mais elles ne sont que deux à pousser la porte des forces de l’ordre pour déposer plainte. « Les victimes sont des enseignantes en situation de précarité qui ont peur pour leur avenir », relate le professeur de lettres.

Au moment où l’affaire secoue l’établissement, l’inspecteur du travail recadre le directeur avec une recommandation simple : « Ne soyez pas tactile ». Le 3 décembre, Philippe G. dépose plainte pour faire taire ce qu’il appelle « des rumeurs » et des « dénonciations calomnieuses ». Des tracts de proches du directeur sont même distribués pour tenter de mettre fin aux rumeurs et mettre à mal les accusations. Contacté par nos confrères du Parisien, le parquet d’Evry-Courcouronnes confirme l’ouverture d’une enquête contre le directeur de l’établissement pour agression sexuelle, cette dernière a été confiée au commissariat d’Evry-Courcouronnes

Entre-temps, de nouveaux témoignages émergent. Une ancienne documentaliste se souvient avoir vu le directeur le 20 janvier 2020, date à laquelle est honorée Notre-Dame-de-Sion, mettre une main aux fesses d’une serveuse lors de la fête. Là, un parent d’élève qui a apporté le témoignage de sa fille qui avait été prise par l’épaule par le directeur lors d’une sortie piscine alors qu’elle était en maillot de bain. Une situation décrite par plusieurs élèves comme « malaisante ».

Dans leurs démarches, les deux enseignantes qui ont déposé plainte ont été soutenues par l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) et reçues par le cabinet du Maire d’Evry-Courcouronnes, Stéphane Beaudet.

Philippe G., serait en arrêt maladie depuis plusieurs jours. Cette semaine débute en parallèle une autre enquête menée par un cabinet d’audit indépendant qui entendra tous les protagonistes.

Ce mardi 2 Février, une quarantaine de professeurs et personnels éducatifs ont organisé et participé à une grève, demandant la démission du directeur. Les banderoles et messages portés étaient clairs. “Stop aux brimades, aux harcèlements, aux agressions, stop à cette direction”, “Ne jamais consentir à ce qui nous abîme”, “Sois maître auxiliaire et tais-toi”.

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